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PASTORALP, un projet pour la pérennité des alpages

Le pastoralisme fait partie intégrante de la vie alpine et participe à l’entretien des paysages, à la vie économique et touristique locale, au maintien d’une biodiversité prairiale riche. Mais face aux changements récents induits par le réchauffement de l’atmosphère, ces systèmes de production fragiles pourront-ils survivre ? Un projet de recherche appliquée mené actuellement dans les alpes franco-italiennes tente d’avancer des solutions.

. © Inra
Mis à jour le 09/07/2019
Publié le 09/07/2019

Financé par l’Union européenne dans le cadre du programme LIFE, le projet PASTORALP a démarré en octobre 2017. Mettant en évidence le foisonnement des interrogations sur l’influence possible des activités humaines sur le climat et sur les liens entre les différents processus à l’œuvre, le projet intègre une démarche scientifique participative.

L’Université de Florence (coordinateur), l’Inra et IRSTEA se sont alliés pour ce projet avec deux parcs nationaux afin d’étudier et réduire la vulnérabilité des pâturages alpins aux changements climatiques. Les deux parcs étudiés sont le Parc des Ecrins en France (avec ses 91000 hectares et une population de 16000 personnes) et le Parc du Grand Paradis en Italie (qui couvre 71000 hectares et abrite 8000 habitants).

Ces dernières années, il est devenu évident que les zones de montagne et méditerranéennes sont particulièrement exposées aux bouleversements climatiques. Au cours des 120 dernières années, les températures dans les Alpes ont augmenté d'environ 1,6 °C, soit près du double de la moyenne mondiale, et les précipitations estivales ont diminué de 30%, entraînant une augmentation des extrêmes de températures chaudes et d’aridité. Les simulations climatiques indiquent ainsi que les températures sont destinées à augmenter dans les deux parcs, surtout en été, avec un risque accru de périodes de sécheresse. Nos projections nous indiquent également un allongement de la saison de croissance d'environ deux mois dans un avenir proche, associé à une réduction du manteau neigeux.

La démarche mise en œuvre par les chercheurs associe observations climatiques et agronomiques in situ, et modélisation de l’impact climatique sur les alpages. Les scientifiques visent à obtenir de nouvelles données pour une gestion durable des alpages tout en ouvrant un espace de dialogue et anticiper l’impact des aléas climatiques. Ils s’appuient pour cela sur des entretiens avec des acteurs locaux au fil desquels émergent des questionnements autour des mesures de nature sociale et économique nécessaires à l’adaptation de ces systèmes pastoraux  aux changements climatiques. En mobilisant ses outils de modélisation, l’UMR UREP du Centre Inra ARA (Unité mixte de recherche Inra/VetAgro Sup) joue un rôle déterminant dans l’analyse de vulnérabilité des prairies, en lien avec l’Unité de Recherche Écodéveloppement (Inra PACA), pour la dimension socio-économique.

. © Inra
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Quel pourrait être l'avenir des pâturages de nos montagnes ?

Réduction des ressources estivales influant sur les stocks hivernaux (fourrages), composition des cortèges floristiques évoluant vers une moins bonne qualité fourragère, fonte du manteau neigeux plus précoce limitant l’accès à l’eau d’abreuvement... Ce ne sont que des exemples de la multitude des facteurs de risque qui chamboulent les repères des éleveurs et illustrent l’effet des aléas climatiques avec lesquels les éleveurs alpins doivent composer dès aujourd’hui et qui ont une influence sur la production pastorale. Les résultats économiques peuvent être affectés, tout comme l’attractivité des estives.

En réunissant les différents utilisateurs du monde rural alpin, PASTORALP a ouvert un espace participatif en vue de la mise en place d’actions et d’infrastructures partagées, permettant une meilleure gestion des ressources fourragères sous climat changeant. Les élus locaux, le personnel des parcs et les représentants du monde agricole sont ainsi aux côtés des scientifiques afin de faire avancer la recherche et trouver des pistes ou leviers d’adaptation.

Dans une démarche collaborative, des groupes de travail ont permis d’associer les différents acteurs locaux à la réflexion, et de recueillir avis et idées de terrain. Les principaux constats des éleveurs portent surtout sur la nécessité d'un cadre juridique pour faire face à l'avènement d'une nouvelle politique agricole commune européenne, le recours croissant de l'économie alpine au tourisme (considéré comme un élément clé pour favoriser le développement économique des Alpes), l'évolution de pratiques pastorales plus durables (notamment dans le cadre de l’évolution climatique), les conflits pour la gestion des terres et enfin sur la problématique de la prédation par les loups, parfois critique pour les éleveurs. Les acteurs du territoire constatent également que le risque de disparition de certaines espèces animales et végétales spécifiques des régions alpines reste élevé, ainsi que le risque d'érosion des pentes.

Quelles peuvent donc être les mesures à prendre afin de réduire la vulnérabilité des alpages et augmenter leur résilience face à la perte de biodiversité ou aux changements de la structure socio-économique des communautés locales ?

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La modélisation au secours des prairies

Le principal problème pour les gestionnaires et acteurs locaux est l’absence de mesures au niveau européen pour faire face aux impacts du réchauffement de l’atmosphère. C'est pourquoi, en utilisant de longues séries de données météorologiques, les chercheurs essaient de reproduire la croissance des pâturages à l'aide de modèles, afin de prévoir leur évolution selon des scénarios de climat futur. A partir de ces résultats, de nouvelles manières de gérer les pâturages pourront être inventées, et ces itinéraires techniques innovants pourront par ailleurs être favorisés par les politiques publiques européennes et régionales.

Même si le projet n’en est qu’à ses débuts, il permet néanmoins d’anticiper quelques stratégies et approches novatrices. La première d’entre elles pourrait consister à renforcer les partenariats avec les gestionnaires territoriaux, notamment pour mieux gérer, collecter et diffuser des informations et données agronomiques, climatiques et socio-économiques. Le travail des chercheurs sera également de mesurer plus en détail les incidences sur les milieux, pour mieux comprendre les mécanismes de la chaîne climat-ressources végétales–production animale, et des effets sur la biodiversité. Parallèlement, les systèmes pastoraux peuvent contribuer à stocker du carbone et la question se pose : comment valoriser cette potentialité ?

In fine, la mise au point et l’appropriation d’outils, facilitant l'adoption de stratégies d'adaptation dans les deux parcs, pourront être transposées dans d'autres systèmes pastoraux alpins. Mais l’urgence est déjà là pour essayer d’éviter des dégâts irréversibles pour le pastoralisme de montagne. Point encourageant, les pâtres et les communautés alpines bénéficient d'une expérience et d'une tradition qui sont des gages pour l’avenir.

 

Contact : Gianni.Bellocchi, Directeur de recherche à l’UMR UREP, gianni.bellocchi@inra.fr

 

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