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Valoriser le bois bocager en litière

Deux journées de présentation des premiers résultats des projets de recherche en cours sur la valorisation du bois bocager des exploitations, menés avec les partenaires du monde agricole (*), ont eu lieu en début d’été à l’Unité expérimentale Herbipôle du Centre Auvergne-Rhône-Alpes pour les professionnels et chargés de développement agricole.

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Mis à jour le 07/08/2018
Publié le 07/08/2018

La valorisation du bois bocager des exploitations sous forme de litière après transformation en plaquettes est un concept qui se développe, mais dont les bases scientifiques et techniques nécessitent d’être consolidées. L’UE Herbipole, qui dispose d’une ressource (haies, bosquets), notamment sur le site de Theix, met en place des essais pour évaluer l’intérêt ce type de litière comparativement à la paille utilisée classiquement dans le cadre de l’engraissement de jeunes bovins (Site de Theix) ou dans le cadre de l’élevage ovin (site de Laqueuille).

En effet, en pratiquant une gestion durable et spécifique de ces bois de faible valeur sur l’exploitation (haies, bosquets…), on peut renforcer l’autonomie de la ferme en diminuant les charges de paille. On cherche à valoriser et maintenir les arbres existants en les utilisant de manière raisonnée. Dans la perspective des évolutions climatiques potentielles, pouvoir économiser la paille peut s’avérer important certaines années. Dans le même temps, cette diversification alternative peut proposer des avantages pour l’exploitation, comme une meilleure gestion des espaces.

Une sylviculture spécifique et dynamique pour cette ressource bois peut être envisagée, pour produire le plus de biomasse possible et multiplier ainsi le rendement obtenu. Les cycles sont alors de 10-15 ans. A priori tout type de bois de feuillus convient, notamment les aulnes des ripisylves, et on teste également la possibilité d’utiliser les résineux, mais des essences intéressantes peuvent être privilégiées, comme le frêne et le tilleul, pour récupérer le fourrage (voir article sur la valeur fourragère des feuilles, souvent équivalente à  l’herbe, et complémentaire suivant les périodes : Emile, J.C., Barre, P., Delagarde, R., Niderkorn, V., Novak, S., 2017. Les arbres, une ressource fourragère au pâturage pour des bovins laitiers ? Fourrages 230, 155-160).

L’UE Herbipôle du Centre Inra ARA envisage d’entrer dans cette démarche, dans le cadre du développement durable.

 

Quel impact sur les animaux ?

En terme d’impact sur les performances des taurillons charolais en engraissement (quantités ingérées et croissance), ou sur des ovins allaitants, il n’a pas été constaté de différence significative entre animaux sur paille ou sur plaquettes (faible tendance à de meilleures croissance sur plaquette). Des mises aux points seront apportées par les essais en cours.

Les notations de propretés des bovins ou ovins, critère important de « bien-être » des animaux, sont meilleures sur plaquette que sur paille.

En terme de santé animale (boiteries, acidose, blessures…), il n’a pas été constaté de différence entre les deux types de couchage, venant ainsi lever une certaine appréhension pour les ovins.

Les animaux apprécient autant le couchage sur les plaquettes : le temps passé couché des animaux ne diffèrent pas selon la litière.

Sur le plan économique, l’intérêt est avéré dans le cas d’utilisation de ressources bocagères de la ferme (pas d’achat de plaquettes), mais il reste à préciser. Pour les besoins des essais, les plaquettes ont été achetées

L’agroforesterie, une solution pour lutter contre le changement climatique

Il faut souligner que ces éléments sont à adapter aux situations individuelles des exploitations d’une part (notamment la ressource doit être facilement accessible, la disponibilité en temps etc. …) et d’autre part aux aléas climatiques : l’utilisation de ce type de litière peut s’avérer très pertinent les années où la paille devient une denrée plus chère ou est utilisée comme fourrage, par exemple lors des années sèches.

Par ailleurs, l’agroforesterie permet de mieux gérer la ressource en eau (ombrage) et en fourrage disponibles, et offre des abris aux animaux. Elle est plutôt bien adaptée à l’élevage ovin, avec une alliance intéressante entre arbre et brebis.

 

Il ne faut pas se fier à la couleur de la litière bois qui brunit assez vite, les animaux restent propres. C’est à la couleur de la robe notamment qu’on juge de la nécessité de « replaquettage ».. © Inra
Il ne faut pas se fier à la couleur de la litière bois qui brunit assez vite, les animaux restent propres. C’est à la couleur de la robe notamment qu’on juge de la nécessité de « replaquettage ». © Inra

 

Comment procède-t-on pour fabriquer la litière ? 

Suivre un itinéraire technique précis est nécessaire notamment pour obtenir des plaquettes à fort pouvoir absorbant.

  • Coupe des bois à la fin de l’été, pendant des creux d’activité. Il faut rassembler les coupes. Le feuillage peut constituer un appoint pour l’alimentation du bétail
  • Déchiquetage sur place via une entreprise spécialisée. Cette opération doit être réalisée rapidement, sous 3 semaines /1 mois (grand maximum 3 mois), avant séchage. On doit respecter ce délai car le bois doit toujours être vivant pour que la fermentation s’enclenche)
  • Séchage en tas, qui se met à « chauffer »  et « fumer »  - ou évaporer (c’est très chaud, à cause des fermentations, et cela permet le séchage). Le taux d’humidité des plaquettes doit avoisiner 25 % maximum au final pour une efficacité optimale en litière

L’intérêt potentiel d’utiliser ce type de litière à l’Herbipole dépendra :

  • de la ressource effectivement disponible (état des lieux en cours par la Mission Haies sur le site de Theix)
  • du coût relatif entre la paille et les plaquettes (avec l’entièreté du chantier de coupe et de déchiquetage fait par entreprise)
  • de l’intérêt expérimental : la litière plaquette permet de mesurer plus précisément les quantités ingérées en s’affranchissant de la consommation de paille de litière

D’autres expérimentations de ce type sur ovins vont se poursuivre sur le site de Laqueuille à partir de juillet 2018, dans le cadre du projet Climagrof en partenariat avec l’Institut de l’Elevage (financement Convention Interrégionale du Massif Central), et seront renouvelées et complétées sur bovins sur le site de Theix l’année prochaine, notamment en partenariat avec la Chambre d’agriculture du Puy de Dôme.

 

Contact : Hervé Tournadre (pilotage du projet sur l’Unité Expérimentale) : herve.tournadre@inra.fr

 

 (*) Les projets rassemblent l’Inra ARA, les Chambres d’agriculture locales, le CIIRPO, l’Idele, des établissements d’Enseignement agricole, Fedatest et la Mission Haies Auvergne-Rhône-Alpes.

 

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