Moins de contaminants chimiques dans les aliments bio?

Le projet ANR SoMeat, réunissant 14 partenaires dont 5 laboratoires nationaux de référence, et coordonné par l’UR QuaPA du Centre Inra Auvergne-Rhône-Alpes, s’est terminé en début d’année. L’objet des recherches était l’évaluation des bénéfices et risques éventuels liés à la consommation de viandes bio au regard de leurs teneurs en contaminants chimiques. Faisons le point sur les résultats de cette étude modèle sur la viande.

. © Inra
Mis à jour le 08/11/2017
Publié le 08/11/2017

Le conseil scientifique pour l’agriculture biologique soulignait en 2011 que 95% des consommateurs français citaient la santé humaine et notamment les faibles teneurs en contaminants chimiques comme premier motif d’achat des produits «bio», mais aucune étude scientifique ne démontrait clairement le bien-fondé de ces allégations. En prenant la viande comme modèle, SOMEAT constitue la première étude de référence évaluant objectivement les risques et bénéfices éventuels des systèmes de production d’aliments bio et conventionnels au regard de leur teneur en plus de 250 contaminants comprenant des micropolluants environnementaux, des mycotoxines, des éléments inorganiques et des résidus de traitements vétérinaires ou phytosanitaires.

Une approche pluridisciplinaire pour quantifier, évaluer les risques et tracer les contaminants dans la viande bio ou conventionnelle

L’évaluation de la contamination des viandes a été réalisée à partir d’un échantillonnage représentatif des productions aviaires, bovines et porcines françaises. Afin de comparer les productions bio et conventionnelles, 256 composés susceptibles d’être retrouvés dans la viande ont été quantifiés, en deçà des limites réglementaires, par des méthodes à haute sensibilité et haute sélectivité.

 

Ce projet a révélé de façon rassurante que pour l’ensemble des contaminants chimiques recherchés, les niveaux de contamination sont en deçà des valeurs réglementaires européennes, que ce soit en bio ou en conventionnel. Si l’absence de certains résidus vétérinaires en bio confirme le bon respect du cahier des charges par les éleveurs, l’examen des niveaux de contamination infra-réglementaires montre néanmoins des teneurs en contaminants chimiques issus de l’environnement significativement plus élevées dans les viandes issues de l’agriculture biologique.

Qu’il s’agisse de porcs, de volailles ou de bovins, les durées d’élevage supérieures et l’accès systématique aux parcours extérieurs pourraient être à l’origine d’une bioaccumulation accrue des polluants environnementaux en systèmes d’élevage bio.

En dehors de cet objectif central, le projet a montré la nécessité de prendre en compte la cuisson, la digestion et les effets induits par la co-exposition aux contaminants (effets cocktail) dans l’évaluation des risques chimiques d’origine alimentaire. Enfin, dans la perspective de renforcer le contrôle de la sécurité chimique des aliments, SOMEAT a révélé l’intérêt des nouvelles approches de type « omique » (notamment de la volatolomique – étude des composés volatils émis par un organe- et de la lipidomique), pour mettre en évidence des marqueurs hépatiques et sanguins de l’exposition animale aux contaminants ou aux traitements vétérinaires.

En conclusion, les résultats pourraient conduire à terme à une évolution des cahiers des charges dans les filières bio. Dans le cadre des états généraux de l’alimentation, cette étude est également un élément apporté à la réflexion. Cette étude pourrait aussi apporter aux réflexions initiées dans le cadre des états généraux de la recherche.

 

SOMEAT est un projet de recherche finalisé qui a été coordonné par Erwan ENGEL de l’UR370 QuaPA de l’INRA. Il associait également 7 autres unités INRA (UMR1331 TOXALIM, UMR 518 MIA, UMR210 ECOPUB, UR1303 ALISS, UMR1145 GENIAL, UMR 1329 Inra-Oniris LABERCA, UR0083A), deux unités ANSES (Fougères Médicaments Vétérinaires, Maisons-Alfort Sécurité des Aliments) et trois instituts techniques (IFIP, ITAVI, IDELE).

 

Contact : Erwan Engel, UR QuaPA, Centre Inra ARA

Des références pour aller plus loin :

- Micropollutants and chemical residues in organic and conventional meat

Food chemistry 232, 2017, 218-228

Gaud Dervilly-Pinel; Thierry Guérin; Brice Minvielle; Angélique Travel; Jérôme Normand; Marie Bourin;Eric Royer; Estelle Dubreil; Sophie Mompelat; Frédéric Hommet; Marina Nicolas ; Vincent Hort; Chanthadary Inthavong; Mailie Saint-Hilaire; Claude Chafey; Julien Parinet; Ronan Cariou; Philippe Marchand; …; Erwan Engel.

- Exposure assessment for dioxin-like PCBs intake from organic and conventional meat integrating cooking and digestion effects.

Food and Chemical Toxicology, 2017

Jessica Tressou; Nadia Ben Abdallah; Christelle Planche; Gaud Dervilly-Pinel; Pierre Sans; Erwan Engel; Isabelle Albert