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Sauver le corégone

Pour mieux comprendre les dynamiques d’évolution de ce poisson noble des lacs peri-alpins et gérer les ressources durablement, un programme de suivi de la population qui s’effectue grâce à la participation des pêcheurs amateurs et professionnels, a été mis en place par des chercheurs de l'UMR CARRTEL. Un exemple de « science participative », illustrant les nouvelles pratiques sociétales où les citoyens et des groupes d’acteurs collaborent avec les scientifiques, et permettent de co-produire des connaissances dans une perspective d’innovation et de transformation sociale.

Pêcheur sur le lac d'Annecy. © Inra, UMR Carrtel
Mis à jour le 25/01/2019
Publié le 28/01/2019

Connaissez-vous le corégone ? Il est peut-être plus connu sous le nom de féra (ou lavaret), ce poisson lacustre de la famille des salmonidés s’affichant à la carte de nombreux restaurants, dans les Alpes et jusqu’à Lyon. Dans la plupart des lacs, ses populations ont progressivement décliné depuis les années 1980, notamment à cause de l’eutrophisation, c’est-à-dire l’augmentation des substances nutritives dans les eaux qui favorise la prolifération d’algues. Cependant, l'histoire est un peu différente au lac d'Annecy qui a été préservé de l'eutrophisation. Malgré tout, une baisse des prises s’est d’abord fait ressentir chez les pêcheurs amateurs à partir de 2004, puis chez les professionnels. Chacun rejetant la faute sur l’autre, des conflits ont opposé les deux groupes dans les années 2007 et 2008.

« Les sciences et recherches participatives sont des formes de production de connaissances scientifiques auxquelles participent, avec des chercheurs, des acteurs de la société civile, à titre individuel ou collectif, de façon active et délibérée »

Un programme de suivi des populations de ce poisson, associant des citoyens et des acteurs-gestionnaires de l’environnement local, a été mis en place par Daniel Gerdeaux depuis 1992 dans le lac d’Annecy. Il est aujourd’hui dirigé par Chloé Goulon et Jean Guillard.

Sur ce plan d’eau, on compte actuellement deux pêcheurs professionnels et quelque 800 amateurs. Tous ont été invités à collecter des informations précieuses : taille et nombre de poissons pêchés, zone de pêche, effort consenti (nombre de prises par unité de temps), échantillons d’écailles prélevés... Les données recueillies montrent qu’aujourd’hui la situation des corégones s’est améliorée. Deux explications sont possibles. D’abord, la réglementation relative à la pêche, modifiée en 2011, a changé la taille légale des prises, les quotas accordés à chaque pêcheur amateur et le nombre de licences professionnelles. Ensuite, des conditions qui ont été favorables à la reproduction naturelle et à la survie des larves de corégones.

Selon Pierre Boutillon, un des pêcheurs amateurs, le bilan de sa participation est très positif. Les pêcheurs accordent plus de valeur aux études auxquelles ils ont été associés et peuvent devenir plus « exigeants » vis-à-vis des organismes dès lors qu’ils mettent la main à la pâte. Ils souhaitent intensifier leur participation.

L’amélioration de la situation du corégone observée va-t-elle perdurer ? Rien n’est moins sûr tant le changement climatique s’accompagne de fluctuations importantes et imprévisibles de l’environnement. Là aussi, le programme participatif joue un rôle essentiel : il permettra d’anticiper ces effets.

 

Contacts : chloe.goulon@inra.fr ; jean.guillard@inra.fr

 

Référence : Pour la science n°492, octobre 2018, insert Inra « Le citoyen, ce scientifique »