Evaluation et soulagement de la douleur chez le ruminant

Dans le cadre d’un travail de thèse, une équipe de recherche de l'UMRH a pu montrer l’intérêt d’une approche multiparamétrique de l’évaluation de la douleur. Les résultats indiquent que selon le type d’agression, selon le moment où l’on a mesuré la douleur et selon la localisation de l'agression, ce ne sont pas les mêmes indicateurs qui sont mobilisés. L’approche multiparamétrique utilisée permet ainsi d’être plus performant pour discriminer les situations douloureuses et non douloureuses.

Vache salers, élevage de Mr Christophe Irlande à Jou sous Monjou dans le CANTAL.. © Inra, WEBER Jean
Mis à jour le 31/08/2017
Publié le 11/04/2017

En expérimentation et en élevage, les animaux peuvent être soumis à des situations douloureuses : castration, césarienne, boiterie, mammite, pose de canules, de cathéters sanguins… On se doit d'évaluer le niveau de douleur ressentie pour mieux la prendre en charge.

Beaucoup d’acteurs sont concernés : l’animal (aspect éthique), l’expérimentateur (aspect éthique et problème de la validité des données expérimentales), la filière (aspects éthique et performances zootechniques), la société (aspect éthique).

Chez les animaux, la douleur est évaluée par un « tiers » via une échelle comportementale ou multiparamétrique. Pour autant, ces échelles sont rares chez les animaux de rente ou spécifiques d’une situation donnée. Il n’y a pas consensus non plus sur l’association des indicateurs à utiliser pour évaluer la douleur.

Dans l’absolu, 5 grandes voies peuvent être mobilisées pour évaluer des situations censées être douloureuses. Les 3 premières voies peuvent être directement utilisées pour caractériser la douleur ressentie par l'animal, les 2 dernières fournissant des indicateurs indirects de situations potentiellement douloureuses :

  • Réponse comportementale : attitudes, postures, expressions faciales, réactivité par rapport à l’humain
  • Réponse de l’axe hypothalamo-hypophysaire (AHH) : il s’agit d’une réponse intégrée au niveau du cerveau qui active la sécrétion du cortisol (par les glandes surrénales) qui va entre autres permettre de mobiliser des réserves
  • Réponse du système nerveux autonome (SNA) : cette voie est régulée par les systèmes sympathique et parasympathique, permettant par exemple d’augmenter le rythme cardiaque, le rythme respiratoire ou de stimuler la sécrétion d’adrénaline
  • Réponse inflammatoire : mobilise des signaux et des réactions qui accélèrent la réparation des tissus et entrainent également un stress oxydant au niveau des zones atteintes.
  • Réponse zootechnique : voie qui peut être impactée par la douleur comme par exemple une baisse de production.

Afin d’améliorer les connaissances scientifiques autour de la douleur des bovins et ovins, une thèse d’université sur ce sujet a été effectuée au sein de l’UMRH du Centre Inra ARA (co-financement Inra et VetAgro Sup). Il s’agissait d’un travail exploratoire conduit chez les bovins et ovins confrontés à différentes situation douloureuses, représentatives de situations d’élevage et de protocoles expérimentaux de recherche (mammite, canulation ou castration).

Le projet de thèse consistait à tester une approche multiparamétrique de l’évaluation de la douleur (=combinaison des réponses comportementale, du SNA, de l’AHH, inflammatoire et zootechnique) et de tester ses performances par rapport à une approche voie par voie. Il a été choisi de se concentrer sur les douleurs dues à un stimulus agressif provoquant une douleur par « excès » ou surplus de nociception (voir en bas de page), chez les bovins et les ovins. Les cinq voies ont été utilisées et 28 indicateurs au total présélectionnés.

Les résultats ont montré que selon le type d’agression, selon le moment où l’on a mesuré la douleur et selon la localisation de l'agression, ce ne sont pas les mêmes indicateurs qui sont mobilisés. Par exemple, la réponse comportementale permet de détecter très précocement la douleur. L’approche multiparamétrique utilisée permet ainsi d’être plus performant pour discriminer les situations douloureuses et non douloureuses. Un traitement de la douleur a aussi pu être testé dans ce travail (protocole antalgique) ce qui devrait permettre à l'avenir de tester l'efficacité de différents protocoles antalgiques.

En conclusion générale, l’intérêt de ces travaux de thèse a été multiple :

  • Pour l’animal, ils ont permis d’identifier des phases ou des traitements adaptés aux situations douloureuses
  • Pour la société, on peut à présent proposer une démarche scientifique capable de discriminer différentes situations douloureuses chez les ruminants
  • Pour l’expérimentateur, on dispose d’un panel d’indicateurs utilisables chez les ruminants soumis à des expérimentations

La poursuite de ces travaux permettra d’établir les indicateurs et les voies informatifs les plus pertinents pour chaque type de douleur (ou adaptées à chaque type de situation : élevage/expérimentation), afin de pouvoir conduire à des applications. L’objectif sera de proposer in fine une grille d’évaluation de la douleur avec des scores (comme pour l’Homme ou certains animaux de compagnie) et des recommandations médicamenteuses associées pouvant servir aux éleveurs et aux vétérinaires.

 

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© Inra

Nota bene :

  • La Nociception : ensemble des mécanismes mis en jeu en réponse à une stimulation qui menace l’intégrité du corps.
  • La Douleur : expérience sensorielle et émotionnelle désagréable en réponse à une atteinte tissulaire. Les différents types de douleurs peuvent survenir soit par neuropathie (correspond à une atteinte du système nerveux), soit par excès de nociception.